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Belgique

Les abbayes trappistes de Flandre

La réputation brassicole de la Belgique n’est plus à démontrer. Nous vous emmenons sur les traces de ce savoir-faire, subtile alchimie d’eau, malt, houblon et levures. À l’heure où la suprématie des grands groupes met en péril la survie des petites brasseries artisanales, nous nous sommes concentrés sur ce que la tradition fabrique de plus noble: les bières trappistes, brassées dans l’enceinte des abbayes cisterciennes. Elles ne sont que six de par le monde… Et toutes sont produites chez nous: Orval, Chimay, Rochefort, Westvleteren, Westmalle et Achel. Un délicieux prétexte pour sillonner quelques-unes des plus belles régions naturelles du pays! Il faut avouer que les moines ont toujours choisi des lieux de retraite magiques, entourés de silence et de nature…

C’est au 6e siècle que saint Benoît établit les normes sur lesquelles va reposer la grande tradition monastique d’Occident. Il propose à ses disciples - des «bénédictins» - une charte de vie en harmonie avec l’Evangile, faite de compassion, d’humilité et de simplicité. Au fil des siècles apparaissent ainsi des milliers de monastères, qui forment progressivement un mouvement très influent. Au 12e siècle, le futur saint Bernard s’oppose à cette puissance, qui trahit les principes de la règle historique. D’abord moine à la fameuse abbaye de Cîteaux (1098) et ensuite fondateur de l’abbaye de Clairvaux (1115), il ramène les membres de sa congrégation vers une existence modeste. Un nouvel ordre est né: les cisterciens. Sa ferveur est telle qu’elle suscite un enthousiasme qui essaime, sur le seul territoire belge, de nombreuses abbayes de cette confession (à l’image, par exemple, de Villers-la-Ville, d’Orval ou de l’Abbaye des Dunes, à Coxyde). Mais comme l’histoire est un perpétuel recommencement, les «fils» de Cîteaux prospèrent tant et si bien qu’au 17e siècle, l’Abbé de Rancé introduit dans son monastère de «La Grande Trappe», en Normandie, une nouvelle réforme, célèbre pour son austérité. Rapidement, d’autres monastères sont séduits et, dans la foulée, La Trappe prête son nom aux adeptes de cette stricte observance qui deviennent «les trappistes».

Evoluant en communauté, ceux-ci conçoivent le travail comme une partie intégrante de leur l’engagement spirituel. Aussi la production de bières et de fromages entre-t-elle naturellement dans les usages monacaux, assurant la subsistance des confréries et permettant la charité. Les préceptes du fondateur de l’ordre, prier et travailler, sont enfin respectés… Cependant, la tradition brassicole des monastères est plus vieille et n’est pas l’apanage des cisterciens. En effet, les traces les plus anciennes de cette activité remontent à l’an 820 (Saint-Gall, en Suisse) et, vers la fin du Moyen Âge, presque chaque abbaye disposait de sa propre fabrique. Mais, en 1796, les révolutionnaires français, en fermant les couvents et en vendant leurs domaines, mirent fin à cette coutume ancestrale. La fabrication des Trappistes que l’on déguste actuellement est donc postérieure à cette date. En route...


Westvleteren

Nous sommes au cœur du «Bachten de Kupe» (qu’une route touristique traverse), très belle plaine basse, située entre mer du Nord et Yser. Dans ce paysage fertile, les rivières serpentent paresseusement, se frayant un passage dans l’herbe grasse. L’abbaye de Saint Sixte (Sint-Sixtus) est installée au cœur du triangle formé par Ypres, Furnes et Poperinge, non loin de Westvleteren, qui donne son nom aux plus rares des Trappistes. Au passage, on admire le moulin de «De Meester», datant de 1764, mais construit originellement à Gyverinckhove (Alveringem). Ce n’est qu’en 1973 qu’il fut rebâti à Oostvleteren. Au centre de la petite localité de Westvleteren, se trouve une intéressante église-halle à trois nefs (Saint-Martin), comme il en existe beaucoup dans les environs.

L’abbaye, en elle-même, ne se visite pas. Elle brasse depuis 1839, date à laquelle Léopold Ier donna l’autorisation d’établir une brasserie dans l’enceinte du monastère. C’est la plus petite des fabriques trappistes, mais ses productions sont très rares et donc prisées. Et pour cause, elles ne se dégustent et ne se vendent que dans le cadre agréable de la taverne qui fait face au monastère, même si vous les rencontrerez en de rares occasions dans des bars, ayant acheté quelques bouteilles pour les faire découvrir. Il en existe trois cuvées, dont la plus forte (la Trappiste 12) a obtenu la 1ère place au classement des bières artisanales… aux Etats-Unis. Jouxtant la taverne, le Claustrum est un centre d’information (dans le centre d’accueil De Vrede, tél: 057 401884/ 0479 650947, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) qui abrite une très belle exposition permanente sur la vie des lieux d’autrefois grâce, notamment, à des écrans interactifs. Durant cette promenade reconstituée suivant le plan de l’abbaye, on ne manquera pas une halte méditative dans la chapelle contemporaine, dont le dépouillement est en harmonie avec l’art de la contemplation des cisterciens... Avis aux amateurs: une hôtellerie, dans la tradition de l’hospitalité monastique, est rattachée au claustrum, pour toute personne en quête de spiritualité, croyante ou non, homme ou femme, jeune ou moins jeune...

Dans les alentours

Véritable petit bijou médiéval, la bourgade de Lo (située à environ 10 km de Westvleteren) est appelée à juste titre «La Perle du Westhoek» (Parel van de Westhoek). On y fabrique le fameux fromage à pâte dure qui accompagne à merveille les Trappistes de Westvleteren... Mais il n’y a pas que le seul argument gourmand qui rend la visite intéressante. On y découvre en effet de remarquables édifices, comme l’Hôtel de Ville et son beffroi datant de 1566, bâtis dans le style Renaissance flamande. Les trois nefs de l’église Saint-Pierre renferment, elles, de très belles œuvres d’art. Notons aussi un pigeonnier de 1710 et, un rien plus insolite, l’unique porte de l’enceinte (Westpoort) à avoir subsisté jusqu’à nos jours. Vous y remarquerez un if, dont l’âge vénérable est soutenu par des piliers en fer. On l’appelle «l’arbre à César» (Caesarsboom), puisque la légende raconte que Jules César, en route pour l’Angleterre, y aurait attaché son cheval... Avis aux amateurs de balade et d’art: chaque été est organisé, le long du sentier «Noordover», un parcours sculptural, plein de poésie.


Westmalle

Encore trop méconnue, cette région du grand nord d’Anvers, dénommée «la campine anversoise», flirte avec la frontière hollandaise. Dans ce charmant paysage, l’abbaye des Trappistes de Westmalle existe depuis 1794, créée par dix moines chassés lors de la Révolution de l’abbaye de la Trappe de Val-Sainte. Malgré des temps durs, trois frères y sont restés durant l’occupation du Sud des Pays-Bas par la France, avant que Napoléon supprime et réquisitionne en 1811 les couvents trappistes. Dès lors, le monastère ne se développe véritablement qu’après l’indépendance de la Belgique. Les occupants y fabriquent de la bière depuis 1836, d’abord uniquement pour leur usage personnel, qui, plus que tout autre, a défini la personnalité de la «bière d’abbaye», avant de la commercialiser, dès 1861. On ne visite malheureusement pas l’abbaye, dont les champs et prairies environnants sont néanmoins fréquentés par de nombreux promeneurs et cyclistes suivant le sentier balisé. Faisant face à l’accès de l’édifice, sur la route principale, se trouve en outre le «Café Trappisten», où se retrouvent des épicuriens transfrontaliers venus déguster les fameuses Double et Triple Westmalle.

Dans les alentours

Situé à environ 4 kilomètres de Westmalle, Zoersel ravira les amateurs de mystère... En plein coeur d’un paysage de bois et de bruyères, ce village s’étend non loin du Zoerselbos, un bois historique classé, où se trouve la Boshuisje (maison forestière), rendue célèbre par Hendrik Conscience dans son roman «De Loteling». On raconte que le hameau hébergeait tellement de sorcières qu’elles pouvaient danser en se tenant par la main autour de l’église... On dit aussi qu’un sortilège plane sur le «Zoerselhof», où résidaient auparavant les moines. En effet, un fantôme y errerait depuis la Révolution française, lorsque le Père proviseur fut fait prisonnier et le monastère vendu... C’est lui, sans doute, qui serait responsable de la série d’événements tragiques qui aurait touché, telle une malédiction, les habitants successifs de la bâtisse. Par exemple, Triske, la femme d’un certain Ket, fut retrouvée sans vie dans les toilettes. Plus tard, un seigneur assassina ici sa servante et, une fois acquitté, décéda subitement dans la diligence qui le ramenait chez lui. Mr Claessens y vit son fils devenir fou, puis mourir, tandis que Mr Ravenstijn y succomba d’un cancer...


Achel

Une fois encore, dans cet extrême nord du Limbourg, on jouxte la frontière des Pays-Bas. Ce village comptabilise cent siècles d’histoire, puisque de nombreuses découvertes archéologiques ont révélé qu’Achel était déjà habité il y a 10.000 ans par... des chasseurs de rennes! Non loin de là, s’étend d’ailleurs un champ funéraire remontant à la fin de l’âge du bronze et des tumuli de l’âge du fer. Différents circuits pédestres sillonnent cette région calme, comme l’insolite «Sentier des Planètes». Un autre (7,5km) passe par les curiosités les plus intéressantes d’Achel, notamment «l’arbre de la liberté», situé près du kiosque, ou encore l’église néo-gothique… Pour l’anecdote, on remarquera aussi, dans le cimetière, la stèle funéraire du docteur Antoine Mathijsen, le premier à avoir utilisé le plâtre pour les fractures des os. On atteint l’abbaye Saint-Benoît par une route sinueuse qui mène au nord de la localité. Fondé en 1846, le monastère fabrique des brunes et des blondes, dont la production ne s’est réellement envolée qu’en 1998, lorsque le Frère Thomas a été nommé responsable de la brasserie. Il faut dire que le religieux a déjà travaillé pour celles de Westmalle, Westvleteren et Orval et y a acquis une certaine expérience! Si l’on trouve désormais dans le commerce des Achel en bouteille, d’autres variétés (Achel 4, Achel 5, Achel 6) continuent à se déguster uniquement à la cafétéria de l’Achelse Kluis.

Dans les alentours

À 15 km au sud d’Achel, la petite localité de Peer intriguera les amateurs de... fruits! En effet, la traduction de ce nom en français donne «poire». Du coup, on en a parsemé la bourgade, du curieux Hôtel de Ville, qui porte un lanterneau en forme de poire, à la flèche de l’église Saint-Trudon et son couronnement piriforme. L’édifice renferme aussi une statue de 1480 appelée «Notre-Dame à la poire». Même la pompe communale est surmontée d’une belle poire dorée… Pourtant, détail cocasse, le fruit est totalement étranger à la dénomination de la cité. Elle est plutôt dérivée de «Perre» ou «Parre», désignant un endroit clos, offrant la sécurité dans une région peu sûre…


Bon à savoir…

N’est pas bière trappiste qui veut...

Ne confondez pas bières trappistes et bières d’abbayes! Sur le marché (juteux!) de la bière sont apparus de nombreux produits d’origine non monastique, qui se sont donné une image à connotation religieuse. Il faut avouer que le sacré est porteur et que l’engouement du public pour les «bières spéciales» ne fait que croître... Pourtant, elles ne sont que six bières au monde à pouvoir revendiquer l’appellation de «Trappistes» (Westmalle, Westvleteren et Achel, dont nous parlons dans ce reportage, ainsi que les Chimay, Orval et Rochefort).

Pour obtenir l’appellation certifiée par le label «Authentic Trappist Product», reconnaissable à un logo hexagonal, ces bières ont dû respecter trois règles: être brassées au sein d’une abbaye trappiste, être fabriquées par ou sous le contrôle des moines, qui – troisième condition – doivent consacrer l’essentiel des bénéfices à des œuvres à caractère social. Récemment, une abbaye tchèque installée à Zeliv a affirmé être le 7e endroit au monde à fabriquer de la Trappiste. Mais le porte-parole de l’Association Internationale Trappiste, François de Harenne, par ailleurs directeur de la brasserie d’Orval, a écrit aux Révérends Pères tchèques pour leur signaler leur utilisation erronée de la dénomination Trappiste. «Cette dénomination ne désigne pas un type de bière mais ce que l’on appelle en droit une appellation de provenance: pour la porter, la bière doit provenir d’une abbaye de moines trappistes. Or, votre abbaye abrite une communauté de prémontrés», leur a-t-il dit, leur suggérant de rectifier le tir au plus vite (in Le Soir, 08/07/2005).

Du grain au breuvage...

Les étapes de fabrication d’une trappiste sont le concassage (du malt: orge germée partiellement et séchée), le brassage (du malt concassé avec d’autres céréales non germées + eau dans une cuve portée à plusieurs paliers de température), la filtration (pour obtenir le moût, qui ne s’appellera bière qu’après fermentation), l’ébullition (du moût et ajout de houblon), la clarification (par centrifugeuse) et refroidissement, la fermentation (moût + levures dans une cuve spécifique, durant plusieurs jours), la garde (dans une cuve de garde à basse température, avant une dernière clarification), le soutirage et la re-fermentation (mise en bouteille de la bière, additionnée de levure). Le pétillant ne sera obtenu qu’après trois semaines de re-fermentation.

INFOS PRATIQUES

Westvleteren

Westvleteren se trouve à proximité directe de la route qui relie Furnes à Ypres, environ à mi-chemin entre les deux.

Office du Tourisme de Vleteren, Kasteelstraat 39, 8640 Vleteren, tél: 057 400099 (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

Website: www.sintsixtus.be

Renseignements sur Lo-Reninge. Syndicat d’initiative (centre de renseignement des visiteurs Lauka), Markt 17a, 8647 Lo-Reninge, tél: 058 289166 (www.lauka.be/ Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). Notez que cet Office de Tourisme, considéré comme l’un des plus beaux de Belgique, est installé dans une ancienne brasserie. Dans les caves, vous pouvez vous imprégner de l’atmosphère gourmande de l’usine de biscuits, mondialement connue, Destrooper. Une brochure très bien faite présente hébergements, sites et activités du coin.

Un toit original: Outre les possibilités d’accueil au centre d’accueil De Vrede de l’Abbaye de Westvleteren, notons l’hôtel-restaurant Stadhuis, Markt 1, 8647 Lo-Reninge, tél: 058 288016 (www.stadhuis-lo.be • Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). Trônant sur la belle place du marché, cet hôtel est logé dans... l’ancien Hôtel de Ville, un bâtiment typique du style Renaissance flamande, construit en 1566. Apd 60€ pour une chambre double.

Westmalle

Y aller. Westmalle est situé non loin de la frontière hollandaise, au nord-est d’Anvers, sur l’axe reliant Anvers à Turnhout.

Renseignements sur Westmalle et les alentours. Nous sommes ici dans la campine anversoise. Pour en savoir plus: www.kempen.be. Nombreuses brochures éditées sur les circuits vélo (notamment la «Trappistenroute», de 52 km), sur l’hébergement, les activités, etc. Renseignements à l’Office de Tourisme de la Province d’Anvers, Koningin Elisabethlei 16, 2018 Antwerpen, tél: 03 2406373 (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).

Abbaye de Westmalle. www.trappistwestmalle.be

Pour compléter cet itinéraire autour de Westmalle, notez qu’un circuit de quatre jours est organisé sur le thème des abbayes (Tongerlo, Postel et Averbode, avec une nuit dans le Prieuré de Corsendonk). Renseignements: voir Office du Tourisme de la Province d’Anvers (coordonnées ci-dessus).

Infos sur Zoersel: Office du Tourisme: tél: 03 3129410.

Achel

Achel flirte avec la frontière des Pays-Bas, non loin de l’axe qui relie Hasselt à Eindhoven, à environ 13 km au nord de Peer (le long de la N748 Peer/Valkenswaard).

Office du Tourisme, Generaal Dempseylaan 1, 3930 Hamont-Achel.

Tél: 011 646070.

Web: www.achelsekluis.org.

Ici aussi, la brasserie ne se visite pas, mais une auberge-cafétéria attenante permet de déguster les différentes bières d’Achel. Renseignements: 011 800769.

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